Un songe

L’obscurité a enrobé la ville. Le parking est vide, mais je le traverse néanmoins car nous n’avons plus guère d’endroits où aller. Nous sommes égarés. C’est au milieu de cette place que je décide d’arrêter le véhicule. J’aurais pu rouler vers ce bâtiment verdâtre jusqu’au pied duquel le parking s’étend, mais non : je choisis de m’arrêter là. Je sors de la voiture, je referme précautionneusement la portière et je marche en direction de l’immeuble. A mi-parcours, je me retourne : depuis l’intérieur du véhicule, tu m’observes en silence. Sur tes lèvres, un sourire ? une ombre de regret ? un trait d’inquiétude ? Je sais, et tu sais également, que ce sera le dernier regard que nous échangerons. Cette conviction-là, aberrante dans le cadre du réel, est rendue infrangible par le rêve. Je poursuis ma marche. Un large escalier s’ouvre sur l’entrée d’un sous-sol. Je m’y engage. Je m’y perds et j’y meurs. Il est des nuits dont on ne sort pas indemne. En fait, on ne sort indemne d’aucune nuit.