Pourquoi prendre la peine de parler bien ? Pourquoi, en effet, se résoudre à cet effort inutile quand notre langue permet d’exprimer l’essentiel à l’aide d’interjections et d’onomatopées ? Une collection de borborygmes suffira bientôt à nos besoins, sans les contraintes de la grammaire ou de l’orthographe. Certains mettront la réduction du lexique et la disparition des mots sur le compte d’une nécessité sociale. Mais ce sont les dernières chances du français qui se jouent dans les bouches les plus doctes, ces bouches surannées dont l’engeance des sots se rit ; car dans celles des aventuriers qui affectent les barbarismes et les solécismes, les “malgré que” éhontés, les subjonctifs sacrilèges suivant “après que” et les hideux conditionnels flanqués après “si”, l’idiome se corrompt, il tourne au vinaigre. Aujourd’hui manque à l’enseignement de la langue un réel esprit de compétition : apprendre à nos jeunes que celui qui maîtrise le langage s’approprie non seulement de l’intelligence, mais aussi du pouvoir. Le pouvoir d’agir par les mots.