Ghjasè, mage de Tarco
- Lundi 1 octobre 2007
- Publié dans Laboratoire de l'imaginaire
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J’ai beaucoup à dire sur Joseph Tarco. J’ai tant à dire que le cadre d’un livre n’y suffira pas. Mais puisque cette catégorie réservée à Cunsigliu m’ouvre un peu d’espace additionnel, je saisis l’occasion pour jeter un peu de lumière sur cet animal fabuleux. On m’a demandé récemment quel était le protagoniste principal de Cunsigliu. Mon embarras à répondre m’a placé devant une situation imprévue. En effet, il n’est pas aisé de dire qui du Sgiò, d’Angélique, de Victor, de Toussaint ou de Giulia remporte le premier rôle. Toutefois, par la densité que lui confèrent les circonstances, Joseph Tarco occupe un rang de choix : son allure d’oncle Cassave, son autorité naturelle, son goût pour la manigance et le secret, lui taillent un costume de chef. À dire vrai, ce personnage stéréotypé n’est pas tout à fait ainsi que j’aurais souhaité qu’il fût, car il ne répond à aucune réalité locale. S’il avait été moins docte, moins policé, moins madré, d’aucuns se seraient offusqués d’y reconnaître tel ou tel, et ils auraient eu raison car la ressemblance n’eût pas été fortuite. Lui prêter une dimension intellectuelle écartait aussitôt toute méprise. Je voulais faire du Sgiò un pur produit alistais, mais j’ai échoué parce que cet homme-là est inconcevable hors de la réalité de Tarco, comme eût été inconcevable un Roderick hors de la réalité d’Usher. La figure du sycophante revenant à Gaétan et celle du « prince méhaigné » à Victor, il restait à Joseph un arcane susceptible de lui convenir : celui du thaumaturge. Dans l’enceinte de Tarco, Sgiò Ghjasè incarne une sorte d’Empédocle, prophète dans sa secte, sorcier à ses heures, manipulant les siens à sa guise. Ayant reçu le pouvoir par atavisme, il redoute de le perdre par négligence. Mais il ne le perdra pas : son instinct supérieur l’immunise contre l’insuccès. J’aurais tant aimé en faire un imbécile, un bouffon identifiable, un sujet de controverse. Il m’a échappé, hélas.


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