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Les Présocratiques, inventeurs de la modernité

Approcher la pensée présocratique, c’est accepter de reconnaître une méprise. Les épistémologues, bien qu’ayant souligné l’avancée décisive des Présocratiques sur le chemin qui eut mené le génie antique du muthos au logos, n’ont pas toujours obvié à faire croire que ces obscurs barbons, inaptes à la Raison, devisaient du cosmos et d’autres choses de moindre conséquence, en attendant pieusement l’avènement du grand Socrate. Le lieu commun est contenu tout entier dans ce qualificatif étriqué qu’on leur prête à défaut de mieux, Présocratiques, lequel aura longtemps perpétué une double commodité : d’abord référentielle (en présumant un avant et un après, à l’instar de la datation christique), puis catégorielle (en subsumant au sein d’une même classe une large variété d’individualités). La première de ces commodités promeut Socrate au rang de dieu et Platon à celui de messie. La seconde aplanit les particularismes antésocratiques au bénéfice d’une lecture platonicienne de l’histoire de la philosophie. Quand la scolastique collationnera les textes antiques en jugeant de leur recevabilité religieuse, le platonisme, apologie de l’ascèse, sortira vainqueur de cet épurement, au détriment des courants antérieurs et de l’hédonisme. N’oublions pas que les théologiens chrétiens considéraient les philosophies présocratiques comme des hérésies.

Si nous parcourions l’Histoire à rebours, les Présocratiques nous apparaîtraient, singulièrement, comme les contempteurs de l’idéalisme de Platon. Cette opposition inepte conforte l’idée d’un schisme où Socrate, philosophe de la rupture, trône en prophète. Pour comprendre — et admettre — que Socrate fut un fils légitime des Présocratiques, il est indispensable de mesurer l’importance des filiations scolastiques. Combien dut être dissonante, plurielle, contradictoire, la pensée présocratique dans une Grèce polythéiste et syncrétique ! À l’aube du savoir, la physique milésienne poursuivait un but dont elle ne mesurait pas encore l’enjeu : confronter les causalités théologiques aux forces de la Raison. Sortir du Mythe, tel fut le défi de Xénophane, chassé d’Athènes pour avoir récusé les discours d’Homère et d’Hésiode sur les dieux. De Milet à Abdère, les sciences de la nature naissent à mi-chemin entre l’empyrée céleste et la terre des mortels, par la voix oraculaire des thaumaturges. Au sein de la secte pythagoricienne, où l’on célèbre le culte du Nombre, la connaissance se transmet au moyen d’une parlure cryptique dont le symbolisme est l’apanage des seuls initiés. Héraclite, dit l’Obscur, soutient que le langage doit être employé d’une manière contrainte, dénaturée, pour se rapprocher au plus près de la nature des choses. Bien sûr, cet hermétisme n’est pas sans rapport avec la tradition poétique d’Ionie, mais il permet surtout de comprendre que la concurrence entre les écoles astreint les disciples au secret : la parole du maître, escarboucle de sapience, est un bien précieux, convoité, dont le ressort, s’il était rendu public, souffrirait de modicité. Aristote, lui-même, laissa une « œuvre ésotérique ». Probablement est-ce dans ce contexte de défiance que les arts du discours apparaissent. Si l’on adjuge à Zénon la paternité de la dialectique, on accorde à Empédocle celle de la rhétorique. Les deux hommes furent auditeurs de Parménide à la même époque. La nécessité de convaincre par le discours annonce déjà les Sophistes, au contact desquels la philosophie ne pourra plus se contenter de révéler : elle devra démontrer, emporter la conviction d’autrui par le recours à l’éloquence et à la pertinence. Peut-on convenablement avancer que la maïeutique soit née, spontanée et prodigieuse, dans la bouche d’un Socrate génial, s’il ne s’était pas abreuvé aux sources éléates de la discursive ? Dans son portrait de Démocrite, Michel Onfray insiste sur le fait que tout ce qui s’écarte de la parole platonicienne est ridiculisé, voire ignoré, par les doxographes. L’exemple de Démocrite est intéressant sous l’angle épistémologique. On dit de lui qu’il fut présocratique, alors qu’on le sait contemporain de Platon : il aurait même approché Socrate à Athènes, en auditeur discret. Constituant à lui seul le cinquième du corpus antésocratique, il est considéré comme le promoteur de l’atomisme, mais c’est l’intuition de son maître Leucippe qui enfanta de la notion d’atome. Un siècle plus tôt, Parménide, chef de file des Éléates, est le premier à défendre la théorie d’une terre sphérique. Toutefois, en prônant l’unicité invariante de l’Être, il refuse le néant [vide]. Anaxagore, quant à lui, désigne sous le nom d’homéoméries les particules uniformes de la matière, substance de toutes choses. Leucippe, contemporain d’Anaxagore et élève de Parménide, imagine l’Univers constitué de vide et d’une infinité de petits mondes parménidiens, insécables et inaltérables. En considérant que le vide, condition première du mouvement, permet la formation des corps par l’attraction des atomes entre eux, il réconcilie tout à la fois Anaxagore [particules], Héraclite [mouvement perpétuel] et Empédocle [attraction] ! Nous devinons l’avancée spectaculaire qu’eût accompli la science post-antique si son argument avait été dûment validé.

En épigraphe de son célèbre ouvrage, Jacques Monod attribuait à Démocrite la citation suivante : « Toutes choses dans la Nature sont le fruit du hasard et de la nécessité. » L’emprunt est assurément inexact, car le hasard n’est pas une notion grecque. Or, il apparaît chez Leucippe un apophtegme approchant : « Aucune chose ne devient sans cause, mais tout est l’objet d’une loi, et sous la contrainte de la nécessité. » Ceci sous-entend : le mouvement des atomes est nécessaire, et nécessairement éternel. La notion de « hasard nécessaire », volontiers citée par les commentateurs du matérialisme, eût été saugrenue chez les atomistes ; les potentialités, obsessions aristotéliciennes, n’ont pas encore de réalité au temps de Démocrite. Seule la nécessité des rencontres d’atomes est fondamentale, et non leur comportement stochastique, d’où la méprise des doxographes et le contresens de la citation apocryphe empruntée par Monod. À l’exception des Milésiens, tous les Présocratiques s’accordent à croire en l’existence d’une loi permanente régissant l’ordonnancement du monde. Que voir dans ce monisme sinon les prémisses du monothéisme, et peut-être de l’athéisme, dans l’histoire duquel Démocrite aura son rôle ? Décimant les dieux homériques et écartant le Noûs d’Anaxagore, le matérialisme atomiste installe la Nécessité en principe global.

Les grandes filiations de l’ère antésocratique, faites d’appropriations ou de réfutations, marquent la continuité infrangible du savoir et l’évolution naturelle de la connaissance. La société des savants hellènes n’a jamais été aussi exaltée, aussi féconde en concepts — oserais-je dire : aussi libre — que durant ces siècles où, nerveuse, elle semble déjà pressentir l’éternité d’obscurantisme qui succédera au monde antique.


Suggestions de lecture :
• M. Onfray, Génie de l’hédonisme I – L’archipel pré-chrétien, cours à l’Université populaire de Caen (2002/2003).
Philosophie présocratique : une vision des origines des concepts de la biologie, article d’Antoine Danchin, Professeur et directeur de recherche au CNRS.
• Y. & O. Battistini, Les Présocratiques, Éditions Nathan, Paris, 1990.
• F. Nietzsche, La Philosophie à l’époque tragique des Grecs, collection Folio-Essais, Éditions Gallimard, Paris, 1975.

 

Kur-Sig : la fiction identitaire

Kur-Sig : la fiction identitaireOn songe à Borges, à la minutie malicieuse qu’il mettait à l’élaboration de ses apocryphes. On pense, notamment, au Quichotte de Ménard ou à l’édition princeps de The Approach to Al-Mu’tasim. Pour l’un comme pour l’autre de ces ouvrages imaginaires, nous savons qu’il faudrait, à toute fin de croire, nous convaincre non seulement de la parole de l’écrivain, ingénieur de l’histoire, mais aussi de celle du narrateur, personnage dans le récit. Chez le mage argentin, auteur et narrateur cohabitent dans l’illusion, telles les mains du dessin d’Escher, indissociables protagonistes d’une même scène. Et parce que les univers de Borges finissent toujours par nous posséder, nous nous ébahissons d’admiration, pris pour dupes, captifs d’une démonstration trop savante, trop documentée, pour être sujette à caution.

Face à « Kur-Sig, l’Éden retrouvé », devons-nous accepter la supercherie comme nous l’avions fait avec d’autres ? Peut-être, ainsi faisant, préservons-nous la meilleure part du texte. Évidemment, il est commode de voir dans cet essai touffu, au pire une apologétique de l’identité insulaire, au mieux une honorable tentative de consensus, mais la protohistoire de la Corse avait-elle vraiment besoin qu’on l’enjolivât de si coruscante manière ? Ce que d’aucuns déploreront avant tout dans « Kur-Sig », c’est l’insuffisance de rigueur scientifique. Les sophismes de José Stromboni prêtent à son exposé un accent péremptoire dont le dessein est suspect : sous le couvert d’une hypothèse, nous voici convoqués autour de trouvailles épatantes, de corrélations prodigieuses – en fait, un salmigondis de conjectures élevées au rang de postulats, confondant érudition et divination, au profit d’une théorie selon laquelle le peuple corse serait d’origine mésopotamienne et la Corse, probable Dilmun, le berceau de l’écriture ! Assurément, la TIA n’est pas loin, dans l’ombre des idéologies de triste mémoire qui, depuis la mésinterprétation de Darwin et la récupération de la linguistique, parsèment l’Histoire de douloureux précédents.

Cet ouvrage singulier a été diversement reçu. Il doit bien exister une vérité entre le dithyrambe de Vincent Stagnara (1) et la catilinaire de Marc Decursay (2), une opinion plus nuancée, à la fois insouciante des visées spéculatives de l’auteur et respectueuse de son vaste travail d’investigation. Cédant au génie, le Bahadur de Borges sombrait dans l’allégorie en précipitant son Almotasim en Dieu, ce qui le perdait. Si Stromboni avait départi son livre de toute portée allégorique, il aurait enfanté d’un récit au charme sibyllin, un joli conte patiné de cette poésie gracieuse dont l’Épopée de Gilgamesh avait liseré nos rêves d’un Orient pré-antique. Las ! Stromboni n’est pas Borges, et son « Kur-Sig » s’égare à la croisée de plusieurs genres. Qu’il l’eût étayé d’éléments irréfutables, on aurait salué l’homme de science et la pertinence de son étude. Qu’il l’eût doté d’une dimension littéraire, et « Kur-Sig » aurait fait un roman savoureux, dépourvu de toute autre intention que celle de nous émerveiller.


(1) http://www.uribombu.com/kur_sig_281208.htm
(2) http://lesplumesdupaon.fr/nouveau/fiche110.html

Lien connexe : http://www.arte.tv/fr/search__results/1097316.html

José Stromboni, Kur-Sig, l’Éden retrouvé, Éditions Dumane, Biguglia, 2006. (247p., ISBN: 2-915943-02-8)

 

Le Bréviaire du Chaos : morceaux choisis

Le Bréviaire du Chaos : morceaux choisisPublié en 1982, le Bréviaire du Chaos est une prophétie funèbre, une longue litanie élégiaque agitée de rancœurs et d’obsessions. Obsessions du surnombre humain, des idoles religieuses, des « régents » qui nous gouvernent. La morale de Caraco s’adresse aux « jeunes gens », légataires choisis pour sa dernière parole. L’oracle dont il les fait témoins pose les prolégomènes d’un nihilisme nerveux et atrabilaire. Négation de l’homme, de l’enfer urbain, de la société, de l’Histoire : c’est la preuve par le déni, le constat par le vide. Martelé d’itérations incantatoires dont l’auteur use ou abuse, le texte déborde de son cadre prosaïque pour s’immiscer en poésie, où finalement il s’applique à démontrer l’iniquité des hommes jusque dans leur faillite collective.

« Nous sommes en Enfer et nous n’avons le choix que d’être des damnés que l’on tourmente, ou les diables préposés à leur supplice. » (p.11)

« Le nombre est l’instrument du mal, le mal veut que les hommes multiplient, car plus les hommes surabondent et moins vaut l’homme. Pour être humain, l’homme ne sera jamais assez rare. » (p.77)

« Ainsi l’Enfer, loin d’être le néant, est la présence. » (p.90)

« L’irréparable est fait, l’esprit de démesure et qui fut celui de l’Église, est à présent celui du monde, la verticalité des dogmes achève d’éclater dans tous les sens et se communiquant à l’étendue, altère ses dimensions. » (p.96)

« Nulle tradition ne nous protège contre l’avenir, car l’avenir n’a pas de précédent et l’univers n’a plus d’asile. » (p.104)

« C’est la fécondité, non pas la fornication, qui détruit l’univers, c’est le devoir et non pas le plaisir. » (p.105)


Albert Caraco, Le Bréviaire du Chaos, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1982. (128p., ISBN: 2-8251-0989-4)

 

L’incommodant monsieur Caraco

L’incommodant monsieur CaracoIl est des auteurs que l’on cache parce qu’ils ont manqué de rayonnement, d’attrait, d’audience, ou parce que, flanqués de leur rôle mineur, on ne les juge pas dignes d’être montrés. Alors nous les écartons et finissons par les remiser dans le déni ou dans l’oubli, comme s’ils n’avaient jamais existé. Il en est d’autres, en revanche, dont on voudrait se débarrasser à tout prix, une fois lus, parce qu’ils nous dérangent, nous troublent, nous éperonnent de leur acuité blessante. Ceux-là nous rappellent sans ménagement à nos faiblesses de lecteur, jusqu’à nous faire captifs d’un mésaise sournois, durable. C’est le cas de l’incommodant monsieur Caraco.

Quand même les origines d’Albert Caraco ne suffisent pas à éclaircir son œuvre ombreuse, elles nous offrent, pour le moins, des indices de choix. Né en 1919 dans une famille sépharade de Constantinople, Caraco grandit en Europe centrale, à Berlin notamment, dans l’ombre d’un père courtier en finances. En 1939, fuyant le nazisme, il s’exile avec ses parents en Amérique du Sud, où il reçoit à la fois une éducation catholique et la nationalité uruguayenne. Avide d’auteurs classiques, il est déjà très à l’aise en français, mais également en anglais, en allemand, en espagnol. Au lendemain de la guerre, il s’installe à Paris, où il mesure l’ampleur du désastre. Dès lors, sa vie d’ascète sera consacrée toute entière à la littérature. Il abjure les enseignements d’hier et s’astreint à une discipline de fer, six heures d’écriture par jour à horaires fixes, une régularité horlogère et un retranchement claustral. « Je fais profession de haïr le monde », confesse-t-il en contempteur d’un genre humain qu’il abhorre. Sa pensée est libre, mais son désespoir fait méthode, jusque dans ses ultimes résolutions : ajournant un projet de suicide par seul égard pour ses géniteurs, Caraco se pend en septembre 1971, quelques heures après le décès de son père.

Dans un registre où Cioran parvenait à nous distraire, Caraco se contente, quant à lui, de nous assommer. Ses constats péremptoires fusent comme des sentences de mort, portés par sa belle prose qui, empruntée aux modèles qui lui sont chers, fait le glacis d’une réflexion âpre et fielleuse. C’est probablement à sa sincérité brute, volontiers provocatrice, que Caraco doit son statut de penseur maudit. Les éditions L’Âge d’Homme explorent, depuis plusieurs années, son œuvre gigantesque et la publient. Initiative d’autant plus louable qu’avant elle aucun dictionnaire des littératures, aucune anthologie quelle qu’elle fût, ne s’était hasardé à en faire mention ou à en commenter le propos : ses imprécations rageuses, ses radotages lancinants, ses contradictions pèsent, corrodent, découragent, au point de les taire. Jil Silberstein écrira : « Caraco est extrême, brutal, drastique et souvent déplaisant. Qu’importe ! Caraco est urgent. » L’urgence : telle fut la douleur permanente de ce praticien du néant, aspirant en pleine solitude à une célébrité qui ne vint jamais.

 

Ligeti, entre dissonance et dissidence

Ligeti, entre dissonance et dissidenceL’œuvre de György Ligeti a bien souvent célébré l’heureuse rencontre entre la musique et les mathématiques. D’aucuns se souviennent de son Requiem comme d’une pièce trop sépulcrale, mais n’oublions pas que Ligeti a voulu en faire l’exemple d’un compromis entre art et science : l’usage des chiffres n’y est pas seulement expérimental et ludique, il participe du processus de création. Sous les doigts ingénieux du musicien scientifique, l’émotion prend corps, subrepticement, et se cristallise. Mais où se situe l’homme dans cette démiurgie glaciale ? On le trouvera plus présent dans le Concerto roumain, datant de 1951. Cette œuvre résonne comme la rémanence d’un vieux souvenir, remontant à une époque où l’occupation magyar s’étend encore jusqu’aux pieds des Carpates. Ligeti découvre les mystères du folklore valaque, avec sa curiosité d’enfant. Des chamans survoltés et grimés jouent du violon, du “cimpoi” (cornemuse) et surtout du “bucium”, sorte d’alphorn. Magique et troublante, l’anomalie tonale du bucium correspond à une acoustique logique, naturelle. Ligeti étudiera la musique populaire roumaine jusqu’à la livraison de son Concerto, qui fut interdit d’exécution à Budapest, ne répondant pas aux canons esthétiques imposés par le régime. Un dissident est né : contre l’ordre et l’harmonie, György Ligeti érige un style radicalement chromatique. La dictature stalinienne a fortuitement fait de ce beau Concerto roumain le point d’achoppement de deux revendications connexes : le droit à la dissonance et le refus de l’avilissement.

 

L’Œil de la Lune

L’Œil de la Lune

Il est des livres que l’on aime si absolument, d’un amour si exclusif, qu’on souhaiterait être seul à les avoir aimés, seul à les avoir lus. Le devoir de partage s’effacerait presque devant le plaisir égoïste de la découverte. C’est ce que j’éprouve pour ce curieux ouvrage paru au CCL de Grenoble en 1985 sous le titre L’Œil de la Lune. Il s’agit d’un recueil de treize nouvelles signées par quelques-unes des plus fines plumes françaises du genre fantastique. De toute évidence, les auteurs avaient pour but de nous confondre entre malaise et ravissement : à l’instar de la singulière facture de l’objet, remarquable pour son format, les textes y sont pareillement composés pour séduire et troubler. Si chaque nouvelle répond de la sensibilité particulière de son auteur, une même ligne tonale traverse l’ouvrage de part en part. C’est ce qui surprend le plus dans “L’Œil de la Lune” : le recueil entier semble avoir été rédigé d’une seule main. D’avoir concouru à l’harmonie, les co-équipiers de cette aventure littéraire ont tiré le meilleur parti. Ils nous offrent un livre intime, faits de chuchotis et de confessions, qui ne rechigne pas aux procédés d’audace. Je citerais pour exemples la cruelle équivoque perpétrée par Philippe Cousin dans “Une vertigineuse Punition”, la rencontre d’outre-tombe dans “Le Parachutiste” de Jean-François Laguionie, le beau récit de Jean-Pierre Andrevon, et surtout, assénée comme l’estocade finale, l’époustouflante nouvelle de Jean-Pierre Bours intitulée “La Femme dont il ne restait rien”, une de ces histoires qui font revivre les livres dans l’inconfort des mauvaises nuits. [L’Œil de la Lune - Treize nouvelles fantastiques, Centre de Création littéraire, Grenoble, 1985]

 
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Vienne la nuit, sonne l'heure...

Il existe une parole du soir à laquelle ces chroniques rendent hommage. Une parole de murmures et de chuchotements où les mots vont libres, entre chien et loup.