Marc Bonnant

Petra Funtana

28 mars 2008. Par Marc Bonnant

Quand le dernier soleil empourpre l’air de Petra Funtana, déposant sur le pré sa moire violine, les bêtes lentement se rassemblent sous la ramure d’un grand tilleul où, soucieuses, elles broderont la prochaine aube. Le jour succombe entre mes mains comme une braise qui expire, pendant que l’ombre avance et avance encore, gagnant bientôt les jardins. J’ai retrouvé sous le lacis d’un roncier la vieille Aronde dans laquelle, enfant déjà, je m’exerçais à partir. Les racines d’un pin désormais l’enlacent et la retiennent. Une part de mon étrangeté, mêmement retenue là, bruisse en rumeurs noctambules : le battement d’aile d’un oiseau de proie, la litanie exténuée de la tramontane, le rire d’une stryge égarée, et cette manière de soupir dolent que le portail me livre en se refermant… Le soleil empourpre l’air, les bêtes se rassemblent. Je divague, éparpillé. Au rivage des hiers, jeté en îlots murmurés, mon archipel dérive jusqu’à l’orée de la clairière. Je n’irai plus loin, car c’est ici mon logis. Ma maison-rêve, mon athanor. Sur son piédestal de porphyre, un ange marmoréen veille en silence. La lèpre noire d’une verrucaire dévore sa figure virginale et une bryone entrave ses chevilles. Le voilà, le gardien de ma perpétuité, perclus de froid et prisonnier des prières qui l’ont pétrifié ! Et moi, pâtre confié à la vigilance de cet hôte cacochyme, j’aligne des pas abouliques, attendant que l’aurore insatiable ne disperse le troupeau dans les scintillements du nouveau jour, parmi les éclats du givre, les houlques à demi foulées et le friselis des eaux résurgentes. Petra Funtana, asile de ma souvenance en réclusion, geôle orphique où même les anges tombent malades…

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