Le Bréviaire du Chaos : morceaux choisis
23 octobre 2007. Par Marc Bonnant
Publié en 1982, le Bréviaire du Chaos est une prophétie funèbre, une longue litanie élégiaque agitée de rancœurs et d’obsessions. Obsessions du surnombre humain, des idoles religieuses, des « régents » qui nous gouvernent. La morale de Caraco s’adresse aux « jeunes gens », légataires choisis pour sa dernière parole. L’oracle dont il les fait témoins pose les prolégomènes d’un nihilisme nerveux et atrabilaire. Négation de l’homme, de l’enfer urbain, de la société, de l’Histoire : c’est la preuve par le déni, le constat par le vide. Martelé d’itérations incantatoires dont l’auteur use ou abuse, le texte déborde de son cadre prosaïque pour s’immiscer en poésie, où finalement il s’applique à démontrer l’iniquité des hommes jusque dans leur faillite collective.
« Nous sommes en Enfer et nous n’avons le choix que d’être des damnés que l’on tourmente, ou les diables préposés à leur supplice. » (p.11)
« Le nombre est l’instrument du mal, le mal veut que les hommes multiplient, car plus les hommes surabondent et moins vaut l’homme. Pour être humain, l’homme ne sera jamais assez rare. » (p.77)
« Ainsi l’Enfer, loin d’être le néant, est la présence. » (p.90)
« L’irréparable est fait, l’esprit de démesure et qui fut celui de l’Église, est à présent celui du monde, la verticalité des dogmes achève d’éclater dans tous les sens et se communiquant à l’étendue, altère ses dimensions. » (p.96)
« Nulle tradition ne nous protège contre l’avenir, car l’avenir n’a pas de précédent et l’univers n’a plus d’asile. » (p.104)
« C’est la fécondité, non pas la fornication, qui détruit l’univers, c’est le devoir et non pas le plaisir. » (p.105)
Albert Caraco, Le Bréviaire du Chaos, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1982.
(128p., ISBN: 2-8251-0989-4)
