L’état des plaies
10 septembre 2007. Par Marc BonnantNous sommes faits de la douleur de nos souvenirs. La mémoire nous abîme. L’amnésique est-il heureux ? J’ai dévidé des nuits entières à refaire ma vie, à relire de vieilles correspondances, m’empoisonnant de leur emprise vireuse. J’ai fait la comptabilité de mes joies et de mes peines, scrupuleusement, parvenant au constat d’une formidable déconvenue : la permanence des peines ouvre des plaies septiques, tandis que les joies révolues creusent les gouffres de la mélancolie. Inutile de déconstruire son passé si l’on souhaite l’oblitérer, et lui faire face est une gageure périlleuse. Le laisser fermenter au fond de l’oubli, c’est prendre le risque de le faire sourdre inopportunément, fulgurant, dévastateur, et de le voir prendre corps dans les ombres. Nous sommes notre passé. Le socle de notre avenir roule sur les billots qui servent à le faire avancer et que nous récupérons derrière nous, inlassablement.
