Marc Bonnant

Les derniers hommes

1 septembre 2007. Par Marc Bonnant

Être misanthrope relève de cette détestation universelle que l’on se croit en droit d’éprouver un jour où, distraitement, on oublie son appartenance au genre honni. Le plus égaré des hommes celui qui, revenu de son dégoût des autres, n’a pas vu que l’autre n’est qu’une projection de soi ; le plus éclairé en revanche celui que la conscience de s’être haï lui-même à travers l’autre aura sauvé de l’exécration. La misanthropie éclairée n’est pas tant la constatation torpide du désastre humain que l’inquiétude du devenir de l’homme. Et c’est un devoir moral, presque civique, que de se préoccuper de l’avenir de la communauté humaine. La misanthropie, un acte civique : a-t-on lu syllogisme plus douloureux ? Chaque instant perdu à côtoyer nos semblables nous instruit sur l’inéluctabilité du sort de l’homme. La colonie des derniers hommes s’éloigne dans un lent cortège carnavalesque : ils concélèbrent leur disparition, en rires et en chansons.

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